Dans la plupart des pays où les différents paliers de gouvernement sont constitués par des élections, on constate un abstentionnisme croissant lors des scrutins, et d’une manière générale un désintérêt pour la vie politique. Les décisions sont prises sans l’aval des citoyens qui ne sont convoqués que tous les cinq ou six ans pour les élections . Nombreux sont les observateurs qui attribuent cette tendance à un repli égoïste et consumériste sur la vie privée. Quelques-uns seulement font remarquer que, si le remplacement progressif de toutes les valeurs par la valeur économique est certainement un facteur important, ce repli a aussi été suscité par les institutions représentatives elles-mêmes, qui privent le « citoyen » — terme désormais abusif — de tout pouvoir de décision quant à l’organisation de la vie en société, ne lui laissant que le loisir d’élire des candidats de plus en plus identiques et, éventuellement, de participer à des consultations très médiatisées dont les résultats ne seront jamais pris en compte.Dès-lors , pouquoi alors rechercher l’alternance si aucune alternative n’est possible .

Le système économique mondial, fondé sur le mythe d’une croissance infinie , sur la concentration des profits, et , il faut bien le dire , sur l’utopie d’une exploitation sans limites , épuise les ressources de la planète, creuse les inégalités et nourrit de façon récurrente les crises politiques et sociales. A cet égard , Emmanuel Macron affirmait en 2017 que nous étions peut-être arrivés au « stade final du capitalisme mondial qui par ses excès manifeste sa capacité à durer véritablement » , et malgré tout , par sa politique , il prend en marche le train d’un capitalisme devenu fou . Dans ces conditions , où est donc la crédibilité des politiques , si le premier d’entre eux se renie ? Les modes de gouvernance politique actuels ne répondent pas aux attentes et besoins des citoyen-ne-s. Ils ne parviennent pas non plus à réguler les interactions sociales et économiques pour un développement durable , enfermés qu’ils sont dans la doxa dominante . Et ce qui est certain , c’est qu’il sera impossible de faire du commerce et de la croissance sur une planète morte .
En marge du système officiel, de plus en plus d’acteurs lancent des initiatives innovantes et porteuses de sens . Ces acteurs témoignent d’un engagement pour un développement centré sur l’Humain et guidé par le respect des droits fondamentaux, la responsabilité sociétale, la justice sociale et la préservation de l’environnement.

Parmi ces intitiatives , le municipalisme est un projet politique qui vise à la démocratisation des communes et à la réapropriation des institutions locales par les habitants . Mais , loin d’injecter une petite dose de participation citoyenne , il s’agit de combiner un ensemble de stratégies , nouvelles pratiques de démocratie radicale , soutien actif des initiatives citoyennes et alternatives solidaires , cogestion des communs tels que l’eau , les ressources naturelles de la commune , le Plan Local d’Urbanisme (PLU) , le budjet communal ou les audits sur la dette .
Il existe des initiatives , notamment en Espagne et plus près de nous , en France (Saillans)  ; des initiatives citoyennes comme Nuit Debout ou encore comme le mouvement des Gilets Jaunes peuvent déclencher des prises de conscience nouvelles . Face à la spéculation immobilière , au gaspillage énergétique , et à l’afaiblissement du lien social , des municipalités se mobilisent , c’est le cas de Vaulx-en-Velin (Rhone) qui a créé unemaison de retraite coopérative pour que les « vieux » ne deviennent pas des « marchandises » , Rennes (Ile-et-Vilaine) voit se développer une agriculture urbaine et « une ville à croquer » , à Marseille des potagers populaires ont été créés . Pour d’autres , c’est la remunicipalisation des sevices publics et l’eau « vitale » gratuite qui est à l’ordre du jour (Briançon , Roquevaire)

Maleureusement , ces initiatives ne parviennent pourtant pas à réorienter le modèle dominant de façon systémique. Cela pose donc avec urgence la question des leviers de changements réels. Il s’agit de créer un environnement favorable pour relier ces initiatives, les décloisonner, inciter leur développement. Se pose alors la question du « comment » .
La gouvernance démocratique joue le rôle d’un moteur en se mettant au service de cette ambition : elle vise à permettre d’orchestrer un « écosystème » de la Transition dans lequel se structure une action collective alternative au modèle de développement actuel. C’est par la construction de régulations inclusives, légitimes et responsables que pourront se forger des modèles de sociétés favorables au développement durable.

Philippe Mangeard

Laisser un commentaire